« Pourquoi le monde existe t-il ? » « Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? »
Quand on se pose ce type de question, on cherche une explication à l’existence du monde, ou à l’existence de quoi que ce soit. Un principe ou une cause.
En remarquant que la réalité apparaît comme contingente, on se demande pourquoi elle est ainsi, et pas autrement. Cela semble arbitraire. Les lois physiques n’auraient-elles pas pu être différentes, par exemple ? Ou la configuration de l’univers à son commencement ?
En remarquant qu’il y a quelque chose, qu’au moins une entité existe, on se demande alors s’il n’aurait pas été possible qu’il n’en soit pas ainsi. Qu’il n’y ait rien apparaît comme une possibilité légitime, qui n’est certes pas le cas, mais qui aurait pu a priori être tout aussi envisageable que l’existence d’au moins une chose.
Si l’on trouvait un principe qui expliquait l’existence du monde, ne pourrait-on pas dire que ce principe est contingent lui aussi ? Il faudrait un principe qui explique la nécessité du principe, et un autre qui explique la nécessité du deuxième, etc., à l’infini.
Si un principe est nécessaire en vertu de lui-même, c’est qu’il dit qu’il est nécessaire. Mais il ne peut lui-même réaliser sa propre nécessité, car sa nécessité n’est là que s’il est déjà présent. En soi, il est contingent, sauf si quelque chose d’un ordre supérieur vient le rendre nécessaire.
Il faut qu’il y ait quelque chose qui soit là sans qu’on ait besoin d’aller expliquer plus loin, sans quoi les explications ne trouveraient pas leur fin et rien ne serait expliqué. Des faits bruts qui permettent la compréhension tout en la limitant pour lui donner un sens.
« Pourquoi ce monde ? Pourquoi un monde ? »
A ces questions, on devra donc répondre, à partir d’un moment : « Les choses sont ainsi. »
Cela ne sera pas satisfaisant, mais permettra que le reste soit expliqué. Si nos ambitions d’explication venaient à nous demander même d’expliquer ces faits bruts, quels qu’il soit, alors tout chuterait, car il faudrait expliquer à l’infini, et qu’ainsi rien ne serait réellement compris. Si l’on venait à demander une justification pour l’existence d’un fait brut fondamental, on perdrait le sens de la notion même de justification, d’explication et de compréhension.
(Comme Icare qui, voulant voler jusqu’au soleil, fait fondre ses ailes.)